Avides lectures de printemps 2013

L’homme de cour Baltasar Gracian   éd. Sylvia Roubaud Gallimard

La vie du jésuite aragonais Baltasar Gracian y Morales (1601-1658)  s’est déroulée dans cette Espagne de la première moitié du XVIIème siècle guettée par la décadence économique, la médiocrité politique et inquiète de la pénétration des idées jansénistes. En ce début de XXIème siècle, les maximes de son Homme de Cour (1647) offrent à nos contemporains un art de vivre en société où la stratégie de la réussite implique surtout un art consommé de la prudence tactique. Pour nous qui sommes souvent contraints d’avancer dans un univers d’illusions, dans l’entrelacs des contradictions extérieures et des injonctions paradoxales, l’apparence est cette forme vide, ce masque qui nous protège et le portrait plausible auquel nous finissons par ressembler. Pointant sans jamais la nommer l’aliénation sociale, il nous arme contre elle dans un esprit de finesse de bon aloi.

Mais ne nous plaignons pas car : « Les plaintes ruinent toujours le crédit, elles excitent plutôt la passion à nous offenser, que la compassion à nous consoler ; elles ouvrent le passage à ceux qui les écoutent, pour nous faire la même chose, que ceux, de qui nous nous plaignons ; et la connaissance de l’injure faite par le premier sert d’excuse au second » Maxime CXXIX. Par ces trois cents maximes qui recèlent l’affirmation implicite de la difficulté héroïque de vivre, la source de la vie bonne prend la forme d’un savoir-vivre comme science du survivre dans une société labyrinthique.  Patrick

La vérité sur l’Affaire Harry Quebert Joël Dicker   éd. L’Âge d’Homme

Par son deuxième roman, ce jeune auteur  se trace un bel avenir littéraire. Le thriller n’est pas mon genre de lecture habituelle mais cette  » Affaire » m’a tenue en haleine du début jusqu’à la fin. L’écriture est vivante, le lecteur est manipulé par un scénario bien imaginé, alors à quand  le film? Joëlle

Profanes Jeanne Benameur  éd. Actes Sud

Le sujet, de prime abord, me plaisait moyennement mais dès les premières lignes j’ai été emportée ! Claude D

« La route que choisit Octave Lassalle, c’est les autres. Trop seul dans sa grande maison depuis tant d’années, il décide de s’entourer. Quand la famille fait défaut, quand la religion n’est pas de mise, il reste l’humanité. Et la seule carte du monde qui vaille, c’est celle, mouvante, des hommes et des femmes sur terre.  Le roman est tissé de ces vies qui se cherchent et se touchent, des vies trébuchantes, traversées d’élans et de doutes qui trouvent parfois, magnifiquement, la justesse. Chacun des cinq personnages du roman a connu un moment dans son existence où la foi en quoi que ce soit de transcendant s’est brisée. Chacun des cinq va peu à peu reconstruire une route, sans dogme ni religion, pour retrouver la foi dans l’être humain, ici et maintenant.

Cette confiance qui donne force pour vivre. Jusqu’au bout.»

Jeanne Benameur

C’est fort la France Paule Constant  éd.Gallimard

Une romancière reçoit une lettre lui reprochant de s’être moquée, dans un de ses livres, des charmes de la vie coloniale, et surtout d’avoir masqué la vérité trente ans auparavant à Batouri, au Cameroun. Lui rendant visite à Paris, elle reconnaît dans sa correspondance madame Dubois, la femme de l’Administrateur qui régnait sur ce petit poste français au cœur de la brousse lorsqu’elle-même avait six ans. En comparant ses souvenirs avec ceux de madame Dubois, la narratrice fait renaître avec beaucoup d’humour et de verve, ce monde disparu aux couleurs de l’Afrique, où madame Dubois maintenait les rites surannés d’une métropole idéalisée. Un roman fort et attachant, une peinture caustique de la France coloniale. Marie-Noëlle

Je n’emporte rien du monde Clémence Boulouque  éd.Gallimard Dans ce court récit, Clémence Boulouque évoque la disparition de son amie de lycée, et nous livre une réflexion grave et touchante sur l’adolescence.

On retrouve là l’intensité de son premier récit  Mort d’un silence

éd.Gallimard dans lequel l’auteur retraçait la mort de son père, le juge Boulouque, spécialiste des questions de terrorisme, il y a une trentaine d’années. Marie-Noëlle

Ne pas être en paix avec ses morts. Sentir sa voix s’éteindre en parlant d’eux. Taire les conflits avec ceux qui vous ont quitté. Clémence Boulouque

Dans les forêts de Sibérie Sylvain Tesson   éd.Gallimard

L’auteur s’est livré durant 6 mois à une expérience exceptionnelle : se retirer du monde et vivre en ermite au fond de la taïga russe, pour y chercher la liberté, la paix intérieure.

Pendant cette période, il consigne des notes dans son journal intime qu’il nous livre aujourd’hui :son quotidien, ses lectures, ses réflexions…

Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de temps ? Questionne-t-il. Sylvain Tesson ne donne pas de réponse, mais nous invite juste à  découvrir notre petite cabane au fond des bois.

Par son écriture, très recherchée et travaillée, il nous fait également découvrir de magnifiques paysages. Marie-Noëlle

La vie dans les bois permet de régler sa dette….

La cabane, royaume de simplification …

La forêt resserre ce que la ville disperse …

Sylvain Tesson

Souvenirs de la maison des fous Paul Eluard    éd.Seghers        En novembre 1943, Paul Eluard, menacé pour ses activités clandestines, trouve refuge chez un ami, Lucien Bonnafé, médecin directeur de l’asile public de Saint-Alban. Profondément troublé par ce séjour, le poète écrit ce long poème composé de six portraits. Durant l’été 1945, sa fille, Cécile Eluard, se rend à son tour à Saint-Alban, accompagnée de son futur mari, Gérard Vulliamy, peintre. Vivant quelque temps parmi les aliénés, le peintre décide de réaliser leur portrait.  Ce très beau poème objet, qui met en face à face les textes de Paul Eluard et les portraits de Gérard Vulliamy, a été imprimé en 1946. Longtemps épuisé, il a été récemment réédité par les éditions Seghers. Marie-Noëlle

Le visage pourri par des flots de tristesse

Comme un bois très précieux dans la forêt épaisse

Elle donnait aux rats la fin de sa vieillesse

Ses doigts leur égrenaient gâteries et caresses

Elle ne parlait plus, elle ne mangeait plus

Paul Eluard

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